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dimanche 12 juin 2016

K comme Kilomètres parcourus par un aïeul déja papa #challengeAZ

Il y a des aïeux dans mon arbre qui ont parcouru des kilomètres pour diverses raisons...alors qu'ils étaient déjà pères!
Pour quelles raisons? financières je suppose...

C'est le cas notamment de mon ancêtre Pierre MUTELOT, né de père inconnu le 15 octobre 1776 à Rigny la Salle, département de la Meuse.

Marié le 12 avril 1794 à Marie Anne DEROBE, toujours à Rigny la Salle, il devient papa de Nicolas Pierre le 30 octobre 1795, alors qu'il vient d'avoir 19 ans.

Il sera père de 6 enfants de 1795 à 1805.

J'ai découvert que Pierre avait été capitaine de la garde nationale, de manière sédentaire à Rigny la Salle pendant 8 années, je présume de 1801 à 1809, c'est-à-dire pendant la période napoléonienne.

Je devine que Pierre était un "bon élément" et un fervent soutien de Napoléon.

Est-ce pour cela qu'en 1809, il est parti faire campagne avec les armées napoléoniennes?
Je suppose qu'une somme d'argent était promise à la clé, et était nécessaire à l'entretien de la famille...

Sa fille, Marie Catherine, mon aïeule, née en 1799, a peu connu son père, et celui-ci ne sera même pas présent à son mariage en 1819, considéré comme absent.

Il se pourrait que la famille pensait que le chef de famille était décédé ou avait disparu...et es revenu un jour comme...miraculé!

Cette histoire militaire, je l'ai découverte grâce à son dossier de demande de la légion d'honneur, légion qu'il a obtenue en devant chevalier de la légion d'honneur.

Ci-dessous, je vous cite les éléments de certains de mes articles relatifs à Pierre, à savoir :
- 8 décembre 2013 : "Pierre MUTELOT, chevalier de la légion d'honneur "
- 4 juin 2014 : "E comme Espagne et sa traversée par Pierre MUTELOT en 1813 "
 
Bonne lecture...
Avez-vous également des ancêtres voyageurs alors qu'ils étaient déjà pères?

Retour sur mon glorieux aïeul :

"Pendant tout le règne de Napoléon, les gardes nationaux ont servi de réserve à l'armée et ont été mobilisés au gré des guerres de l'Empire. 
Ainsi, lors de la reprise de la guerre contre la Prusse, le 17 septembre 1806, l'empereur ordonna la levée, le 23 octobre, de 3 000 grenadiers et chasseurs de la Garde nationale de Bordeaux pour renforcer la défense des côtes. 
Le décret du 12 novembre 1806, signé à Berlin, réaffirmait l'obligation de tous les Français âgés de 20 à 60 ans d'effectuer le service de la Garde nationale. Il en confirmait également l'incompatibilité pour ceux travaillant dans la fonction publique et dans l'administration ainsi que pour les ecclésiastiques. Les autres pouvaient se faire remplacer. 
Les compagnies de grenadiers et de chasseurs, composées d'hommes, si possible, de 20 à 40 ans, pouvaient être appelées à effectuer un service intérieur dans les villes de plus de 5 000 habitants, ou un service militaire. Dans ce cas, elles étaient assimilées aux troupes de ligne."

Ces dernières informations m'expliquent pourquoi Pierre a été enrôlé dans l'armée. Sa fonction municipale l'y a aidé. En 1809, Pierre avait 32 ans, et comportait les conditions requises pour être chasseur.

- Entré au service actif en qualité de Sergent major au 1er bataillon de la Meuse (Garde Nationale) le 29 août 1809,
- En cette qualité (sergent major?) au Régiment des Gardes Nationales de la garde du 1er avril 1810,
- au 7ème régiment des Voltigeurs de la Garde le 21 mars 1813,
- sous-lieutenant le 8 avril 1813,
- lieutenant le 14 septembre 1813,
- chevalier de la Légion d'Honneur le 6 avril 1813.

Quelle ascension fulgurante pour Pierre en 1813! Cela s'explique forcément par les campagnes menées...quelles sont-elles?
  • 1809, à l'armée de tête de Flandre sous les ordres immédiats de Monseigneur le Prince de Ponto Corvo et de Son Éminence le Duc d'Istrie,
Bessières, Jean-Baptiste, duc d'Istrie, 1769-1813
 
  • de 1810 à 1813 en Espagne, sous les ordres des généraux Dorsenne et Casarelly (Caffarelly?). 
Mon ancêtre a peut-être participé avec le Général Dorsenne au siège d'Astorga, tentative réussie de la prise de la ville d'Astorga par les Français du 21 mars au 22 avril 1810 lors de la guerre d'indépendance espagnole.
  • 1813 en Saxe et Silésie sous les ordres de S.M. l'empereur Napoléon,
  • 1814 dans l'Intérieur sous les ordres de S.M. l'empereur Napoléon.
Bref, des déplacements intenses!
Pierre a dû voir et vivre beaucoup de choses. Cela demandera des recherches de ma part, pour trouver les guerres auxquelles il a participé.
D'avance, je sens que ce sera passionnant et enrichissant pour ma culture historique.

Le bas de la page détaillant les services et les campagnes se finit comme suit:
Source: LEONORE


"Certifié véritable par nous membres composant le conseil d'administration 
dudit Régiment. Le présent état des services de Mr. Mutelot Lieutenant,
Fait à Sandillon Près Orléans le 24 mai 1814
signé Maillart Capitaine, Gallois Capitaine, Conus Sergent, 
et Cousseau chef de Bataillon, le Chevalier Gatté Colonel.
Vu par nous Sous Inspecteur aux Revues ayant eu l'Inspection
de ce régiment: à Paris le 19 septembre 1814. Signé Liégeand

Pour copie conforme à l'original
qui nous a été représenté pour
être annexé au procès-verbal d'Individualiré
Le sous Insp. aux revues..."





Duplicata, certificat de la Légion d'Honneur , Source: LEONORE

Que de trouvailles sur cet ancêtre!

Pierre Mutelot est décédé à Sorcy Saint Martin dans la Meuse, non loin de Rigny la Salle, et où résidait son fils Charles Hyppolite.
Archives départementales de la Meuse - Cote 2 E 507 (13)  page 206
"L’an mil huit cent quarante cinq, le six mars, à
quatre heures du soir. Devant nous Jean Baptiste Hyppolite
Merclier, Maire et Officier de l’état civil de la commune de
Sorcy, arrondissement de Commercy, département de la Meuse, sont
comparus les sieurs Charles Hyppolite Mutelot âgé de trente neuf ans,
charron, domicilié à Sorcy, fils au décédé, et Dominique Protais
Gervais, propriétaire, domicilié à Sorcy, non parent, âgé de soixante
sept ans ; lesquels nous ont déclaré que cejourd’hui, à une heure après
midi, le sieur Pierre Mutelot, âgé de soixante huit ans, chevalier
de la Légion d’Honneur, né à Rigny-la-Salle (Meuse), domicilié
à Sorcy, fils de défunte Anne Mutelot, décédée audit Rigny,
veuf de défunte Marie Anne Dérobe, décédée audit Rigny,
est décédé en cette commune.
Sur cette déclaration, nous susqualifié nous sommes
transporté au lieu indiqué, où nous avons vu et reconnu le cadavre
du prénommé Pierre Mutelot, et nous étant ensuite rendu en la
Maison commune, nous avons écrit sur le champ le présent
acte sur les deux registres à ce destinés, en présence des deux témoins
et déclarant qui l’ont signé avec nous après lecture et collation."

Malgré toutes ses pérégrinations militaires, Pierre est tout de même décédée à l'âge de 68 ans. En effet, je ne pense pas qu'il soit revenu de ces différents voyages sans blessures, ni traumatismes...

Conclusion:
La rédaction de ces articles, comme d'habitude, m'a permis de découvrir et d'approfondir la connaissance de mes ancêtres mais aussi l'Histoire en général.

dimanche 5 juillet 2015

X comme l'absence de père pour les enfants d'Eléonore, d'Anne et Jeanne #challengeAZ

Je reprends aujourd'hui un article du mercredi 17 avril 2013 "P comme Père inconnu...au bataillon!", écrit à l'occasion du premier #challengeAZ et qui liste les cas d'enfants naturels rencontrés dans ma généalogie.

"Après un article sur les enfants naturels, je ne pouvais louper le coche, sans évoquer la problématique du père en généalogie.

Je me souviens d'ailleurs, alors de la mention d'un curé de Badonviller en 1775 en Lorraine, ancien département de la Meurthe (54) qui dans un registre qui rappelait aux pères leur devoir de présence lors du baptêmes (cf. mon article "mais où sont les pères").

Je vais surtout aborder ici les cas de mes ancêtres nés sans père déclaré ou connu.

Mais oui, on est en droit de se demander: Où sont les pères??

Cachés, connus mais omerta du village et donc du curé dans la tenue du registre, mère rejetée, le père étant marié ou d'une autre catégorie sociale...beaucoup d'hypothèses peuvent être imaginées.

C'est pas tout ça, vous me direz, mais si je fais de la généalogie, c'est pour en savoir plus.
Seulement, comme dirait l'autre, les voix du seigneur sont impénétrables...!

Curieusement, et sûrement par hasard, les cas d'enfants nés de père inconnu, se trouvent du côté paternel! Dans le Berry et en Sologne, les pères se sentaient plus responsables ou moins fuyards...?

1) Le cas le plus récent: Anne-Marie Eléonore DUMANOIS 

J'ai déjà évoqué le cas d'Anne-Marie Eléonore dans un précédent article.
Elle fut "fille mère" à l'âge de 20 ans, d'une fille, Anne-Marie Léonie, née le 20 septembre 1868 à Koeur la Grande également, et donc née de père inconnue (malheureusement pour moi...car au XIXème siècle, il n'y a plus de déclaration de grossesse comme avant la Révolution, et donc je n'ai pas de possibilités d'avoir une trace du père).
9 ans après la naissance de Léonie, elle a accouché le 31 juillet 1877 de Louis Léon Guillaume, né également de père inconnu. Celui-ci est décédé à l'âge de 23 ans aux carrières d'Euville (Meuse), sûrement lors d'un accident.
En 1880 et 1883, elle a donné naissance à 2 autres enfants morts nés, également de père inconnu.
En conclusion, pour chaque enfant, le père était inconnu...homme marié??
2) Le cas de Pierre MUTELOT né le 15 octobre 1776 à Rigny la Salle (Meuse) de père inconnu

Archives Meuse - Rigny-la-Salle

Là non plus, pas d'indications...

"Pierre fils naturel d'anne Mutelot est né et a été batizé le quinzième du mois d'octobre de l'année mil sept cent soixante et seize. Il a eu pour parein pierre pemjean et pour mareine Elizabeth Mutelot, le parein a signé et la mareine a déclaré ne savoir signer."

3) Nicolas MONTIGNOT, enfant naturel né le 15 juillet 1734 à Rigny la Salle

Archives Meuse - E dépôt 329 (1 E 3)   "http://archives.meuse.fr/?id=recherche_guidee_etat_civil_detail&doc=accounts%2Fmnesys_ad55%2Fdatas%2Fir%2FEtat%20civil%2FFRAD055_EC.xml&page_ref=228827&unittitle=1730-1749&unitid=E%20d%C3%A9p%C3%B4t%20329%20%281"

"Nicolas, fils naturel de jeanne Montignot est né et a été abptisé le quinzième du  mois de juillet de l'année mille sept cent trente quatre et il a eu pour parrein nicolas Bistorin et pour marreine anne henry Epouse de Claude Benoit qui ont signé avec moy"
Possibilité de trouver une déclaration de grossesse chez un notaire...? mais dans quel périmètre?

D'après  le livre de Jean-Louis Beaucarnot "ABC de la généalogie", il est parfois possible de retrouver une précieuse "déclaration de grossesse". Pour éviter que certaines de ces mères, en situation de détresse, ne soient tentées de tuer leur enfant à la naissance, une ordonnance, prise sous Henri II et fréquemment rappelée par la suite, leur fit une obligation de déclarer officiellement leur état.
Malgré tout, beaucoup s'en dispensaient. Celles qui respectaient ce texte le faisaient souvent auprès d'un notaire, de préférence un peu loin de chez elles (10 à 15 km), dans des actes où elles racontaient les circonstances de leur séduction, en ajoutant souvent le nom du séducteur. Il ne s'agissait que de déclaratif cependant, sans témoignage contradictoire!"

mercredi 4 juin 2014

E comme Espagne et sa traversée par Pierre MUTELOT en 1813 #challengeAZ

Aujourd'hui, je vous fait "voyager" dans l'histoire espagnole a travers mon ancêtre Pierre Mutelot, dont j'ai déjà parlé dans un précédent article
Cet aïeul, qui a finit en 1813 lieutenant du 7ème régiment des voltigeurs de la garde, a reçu la légion d'honneur en 1817 pour tous les services rendus pendant la période napoléonienne. 
La semaine dernière, j'ai eu la possibilité d'aller au Service Historique de la Défense et j'ai pu commander le dossier individuel de Pierre que je pourrais consulter le 14 juin.
En attendant j'ai pu y découvrir l'histoire du régiment des gardes nationales formé le 1er avril 1810 devenu 7ème régiment des voltigeurs le 21 mars 1813.

Le 7ème régiment de voltigeurs a été formé le 1er avril 1810, sous la dénomination de régiment des gardes nationales de la garde et a été composé de quatre bataillons à quatre compagnies.
Le 16 juin suivant, il a été formé de nouveau à deux bataillons de six compagnies chacun dont une de carabiniers, une de voltigeurs et quatre du centre.
Il est parti pour l'armée d'Espagne le 4 octobre 1810, qui y a fait les campagnes de 1810, 1811 et 1812 et est rentré en France en février 1813.

Dans l'état des campagnes effectuée par Pierre Mutelot, apparait, en effet, sur la gauche:
  • "de 1810 à 1813 en Espagne, sous les ordres des généraux Dorsenne et Casarelly (Caffarelli). "
Ci-dessous une image trouvée sur Gallica représentant ce que pouvait être le costume d'un voltigeur en 1807:
1807. - Division Oudinot (Vereinigte Grenadiere und Voltigeurs) zu Strassburg - 1
Source: Gallica
Que recouvre la campagne d'Espagne entre 1810 et 1813?


Elle fait référence à un épisode assez peu connu en France, la Guerre d'Indépendance, guerre insurrectionnelle, chapitre fondateur de l’identité nationale espagnole.

Contexte historique.

L'Espagne de 1808 est un pays au bord de la faillite. 
Les institutions royales sont incapables d’unifier réellement les provinces historiques. Le pays a été ruiné par de nombreuses guerres et a perdu sa flotte à Trafalgar (1805). 
Prenant prétexte de contraindre le Portugal à participer au blocus continental, Napoléon fait entrer son armée en Espagne (qui est officiellement alliée de la France) fin 1807.
Au début, Napoléon, allié de l'Espagne, envoie Junot occuper Lisbonne, qui ne veut pas se plier au Blocus continental contre l'Angleterre. Mais déjà, au passage, ses troupes indisciplinées, indisposent les Espagnols. Au commencement de 1808, sous prétexte d'assurer les arrières de l'armée, l'Empereur fait occuper les principales villes de la Péninsule par 65000 hommes et, surtout, ayant chassé les souverains légitimes, il nomme son frère Joseph roi d'Espagne. 

Ces troupes se révèlent rapidement être une armée d’occupation.
Refusant la nomination de Ferdinand, Napoléon s'empare de la couronne espagnole, qu'il confie à l'un de ses frères, Joseph Bonaparte, jusque-là roi de Naples.

Le comportement arrogant et les exactions des troupes napoléoniennes ont fini par excéder les espagnols qui se révoltent à Madrid le 2 mai 1808 contre les troupes du maréchal Murat, marquant le début du soulèvement populaire et de la guerre d'Indépendance (le Dos de mayo a depuis été immortalisé par le tableau de Goya). 
L'insurrection est très sévèrement réprimée ( El dos de mayo, El tres de mayo, 2-3 mai 1808).  
 El 2 de mayo de 1808 en Madrid, o "La lucha con los mamelucos" Copyright © 2014 Museo Nacional del Prado.
Francisco de Goya, El tres de mayo de 1808
Francisco de Goya, El tres de mayo de 1808

La nouvelle du soulèvement et de sa féroce répression se répand à travers le pays, mettant le feu aux poudres dans les principales villes. Des juntes patriotiques se forment au niveau local pour organiser la résistance au Français mais toutes se reconnaissent dans une idée commune de défense de la religion, du roi et de la patrie alors que la tentation de l’autonomie provinciale aurait pu l’emporter.
L'armée espagnole refuse d'obtempérer aux ordres du roi Joseph et, malgré sa dispersion et son inorganisation, met en échec plusieurs généraux de Napoléon. 
Elle reçoit l'aide d'un corps expéditionnaire britannique, commandé par le futur duc de Wellington, qui débarque à La Corogne (juillet 1808) et occupe rapidement le Portugal. 
L'implication personnelle de Napoléon, de la Grande Armée et de ses meilleurs généraux (Soult, Masséna) permet de rétablir Joseph sur son trône (décembre 1808). Mais, après le départ de l'Empereur, Joseph rencontre les plus grandes difficultés pour asseoir son autorité et s'assurer le contrôle de l'ensemble du territoire. 

Trois acteurs vont s’allier face à la Grande Armée (qui comptera jusqu’à 300.000 hommes) : le peuple en armes, l’armée espagnole (très délabrée, compte au plus 140.000 hommes) et le corps expéditionnaire britannique (40.000 hommes) renforcé de quelques milliers de Portugais. Pourtant, cette apparente supériorité numérique française ne permit pas de venir à bout de ce que Napoléon appellera «l’ulcère espagnol». 

La guérilla, la détermination de l'armée rebelle espagnole, ainsi que l'aide britannique finissent par avoir raison de l'armée française. 

En janvier 1812, Wellington donne l'ordre de la contre-offensive. 
En mai 1813, les Français évacuent Madrid, et les troupes du maréchal Soult sont repoussées au nord des Pyrénées.
Les opérations se poursuivent en France jusqu'à ce que Soult, le 10 avril 1814, perde Toulouse, la dernière grande bataille de cette guerre d'Espagne – qui aura aura coûté la vie à près de 300 000 Français et au double d'Espagnols. 

Je reviendrai vers vous pour vous présenter le détail des opérations militaires que j'espère trouver dans le dossier militaire de Pierre Mutelot détenu au Service Historique de la Défense.
J'espère vous avoir appris un épisode historique et également vous avoir donner l'envie de consulter Léonore et les autres bases militaires.

dimanche 8 décembre 2013

Pierre MUTELOT, chevalier de la légion d'honneur

C'est en lisant l'article de Sophie sur la généablogueuse Selma Cayol, et son site "De la terre vers la mer", que j'ai redécouvert la base de données Léonore. Selma en parle d'ailleurs comme un de ses sites préférés.
Ce n'est pas la première fois que j'entends parler de ce site. Mais vu l'objet, je ne voyais vraiment pas quelle pouvait en être l'utilité à titre personnel et pour ma généalogie.
Quel aïeul ou ancêtre aurait-il pu avoir une décoration au titre de la Légion d'Honneur.
A aucun moment, je n'ai entendu dire qu'un ancêtre avait été décoré.
Cependant, pourquoi ne pas vérifier?
C'est ce que je fis le week-end dernier.
Mais par où commencer?

La recherche par patronyme me semblait d'avance trop difficile et longue, tellement j'ai de noms dans ma généalogie. Je préférais d'emblée la recherche par départements, puis par commune ; choisissant les communes où j'avais le plus d'ancêtres et où j'avais le plus de possibilités de trouver un ancêtre décoré.




Je commençais par le département de la Meuse, et la commune de Brauvilliers, qui a vu la naissance de mon arrière grand-mère, Fernande Gaillet : rien de concluant, à part de lointains cousins.
Puis je passais à la commune de Rigny-la-Salle, commune de naissance de Emilienne JACOB, mon autre arrière grand-mère. Et là...je vois le nom d'un ancêtre: Pierre MUTELOT.

Pourquoi ce nom, d'emblée, m'a sauté aux yeux?
Parce que lors de la préparation de ma visite des Archives Départementales de la Meuse à Bar-le-Duc au mois de mai, je souhaitais retrouver ses origines, et plus exactement le nom de son père.
En effet, Pierre est né en 1776 de père inconnu à Rigny-la-Salle.
J'aurais souhaité découvrir un jugement de tutelle, voire au mieux, la déclaration de grossesse de sa mère ; mais je n'eus malheureusement pas assez de temps.

Me voilà avec un ancêtre titulaire de la Légion d'Honneur. J'avoue que je ne m'y attendais pas.

Contenu du dossier de Pierre Mutelot:

Le dossier comporte 7 pages, comme suit:

Source: LEONORE
Cette première page m'apprend que Pierre Mutelot a été nommé chevalier de l'ordre royal de la légion d'honneur le 6 avril 1813.
Elle me confirme qu'il est bien né à Rigny-la-Salle le 15 octobre 1776.
Ce début de dossier m'indique surtout sa fonction, à savoir lieutenant de voltigeurs

"En théorie, le voltigeur est un soldat capable de sauter en croupe d'un cavalier afin d'augmenter sa mobilité. Napoléon s'est toutefois opposé à cette pratique car il estimait qu'elle était incompatible avec l'exécution des missions de la cavalerie. Il souhaitait toutefois que les voltigeurs soient plus mobiles que les autres fantassins. Pour cela, ils devaient être équipés d'un fusil plus léger, mais ce fut rarement le cas. Tout comme la compagnie des grenadiers, celle des voltigeurs était d'élite et la solde était aussi plus élevée. Les voltigeurs étaient généralement de petite taille. Ils portaient des cols de couleur jaune (chamois) et des épaulettes à franges vertes. Les voltigeurs pouvaient selon les circonstances agir comme éclaireurs ou protéger le flanc gauche du bataillon, le flanc droit étant défendu par les grenadiers." (source: Wikipédia)

Le tampon "mort" est présent en bleu sur le dossier.
Est-il déjà décédé en 1813, ou entre 1813 et le 29 juin 1819, date à laquelle a été signé le billet? Cette question sera résolue par la suite.

Au mariage de sa fille Catherine Mutelot, le 23 juin 1819 avec Joseph Louis Vibrac son père, Pierre Mutelot n'est pas mentionné comme étant décédé mais....absent! sans plus d'indications

Source: LEONORE

La deuxième page est la preuve d'identité de Pierre Mutelot: son extrait d'acte de naissance; acte que j'avais déjà trouvé sur les registres paroissiaux.

Ci-dessous le serment prêté par le chevalier à l'ordre de la légion d'honneur :

Source: LEONORE

Pour répondre à mon questionnement d'il y a quelques paragraphes, Pierre Mutelot était bien vivant en 1817 puisqu'il a signé ce serment. D'ailleurs c'est très important de découvrir qu'il savait écrire, ou tout du moins, signer, et cela donne encore un peu plus de vie à cet ancêtre à mes yeux.

Ci-après, le procès-verbal d'individualité présent dans tous les dossiers de la base LEONORE, qui résume la situation des membres de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur (justificatifs, situation personnelle...) :
Source: LEONORE
Mon ancêtre avait a priori malencontreusement perdu le brevet justifiant de sa nomination à l'ordre royal. Il a dû ainsi fournir une "déclaration sur l'honneur et circonstanciée de la perte de son brevet original et de la lettre d'avis de cette nomination".
Il est indiqué comme lieutenant de l'Infanterie de l'...la Garde....?

Passons dans le vif du sujet, et lisons attentivement l'état des services de Pierre Mutelot.
Source: LEONORE

Pierre est nommé Chevalier de l'Ordre Royal. 
Royal, puisqu'en 1817, la France est redevenue un royaume avec Louis XVIII qui instaura une monarchie constitutionnelle (période de La Restauration - de la monarchie). Mais les services rendus par Pierre ont eu lieu pendant la période Napoléonienne, soit avant 1814. Ceux-ci s'étalent entre 1809 et 1814.
En 1809, cela faisait déjà 15 ans que Pierre était marié avec Marie Anne DEROBE. Sa fille (mon ancêtre), Marie Catherine, avait l'âge de 10 ans.
Pourquoi Pierre est parti dans l'armée? par obligation? pour des raisons financières?
Sûrement à cause des guerres napoléoniennes...

Le détail de ses services est le suivant:

- Capitaine des gardes nationales sédentaires de sa commune pendant 8 années :

D'après wikipédia, "la Garde nationale est le nom donné lors de la Révolution française à la milice de citoyens formée dans chaque ville, à l’instar de la garde nationale créée à Paris. Dès le début de 1789, des villes et bourgs de province organisent des milices pour lutter à la fois contre les complots aristocratiques et les soulèvements populaires."
J'en déduis que Pierre fût chargé de la sécurité de la commune de Rigny la Salle de 1801 à 1809, et était donc sûrement craint de ses concitoyens.

Wikipédia m'apporte un autre renseignement : "Pendant tout le règne de Napoléon, les gardes nationaux ont servi de réserve à l'armée et ont été mobilisés au gré des guerres de l'Empire. 
Ainsi, lors de la reprise de la guerre contre la Prusse, le 17 septembre 1806, l'empereur ordonna la levée, le 23 octobre, de 3 000 grenadiers et chasseurs de la Garde nationale de Bordeaux pour renforcer la défense des côtes. 
Le décret du 12 novembre 1806, signé à Berlin, réaffirmait l'obligation de tous les Français âgés de 20 à 60 ans d'effectuer le service de la Garde nationale. Il en confirmait également l'incompatibilité pour ceux travaillant dans la fonction publique et dans l'administration ainsi que pour les ecclésiastiques. Les autres pouvaient se faire remplacer. 
Les compagnies de grenadiers et de chasseurs, composées d'hommes, si possible, de 20 à 40 ans, pouvaient être appelées à effectuer un service intérieur dans les villes de plus de 5 000 habitants, ou un service militaire. Dans ce cas, elles étaient assimilées aux troupes de ligne."

Ces dernières informations m'expliquent pourquoi Pierre a été enrôlé dans l'armée. Sa fonction municipale l'y a aidé. En 1809, Pierre avait 32 ans, et comportait les conditions requises pour être chasseur.

- Entré au service actif en qualité de Sergent major au 1er bataillon de la Meuse (Garde Nationale) le 29 août 1809,
- En cette qualité (sergent major?) au Régiment des Gardes Nationales de la garde du 1er avril 1810,
- au 7ème régiment des Voltigeurs de la Garde le 21 mars 1813,
- sous-lieutenant le 8 avril 1813,
- lieutenant le 14 septembre 1813,
- chevalier de la Légion d'Honneur le 6 avril 1813.

Quelle ascension fulgurante pour Pierre en 1813! Cela s'explique forcément par les campagnes menées...quelles sont-elles?
  • 1809, à l'armée de tête de Flandre sous les ordres immédiats de Monseigneur le Prince de Ponto Corvo et de Son Éminence le Duc d'Istrie,
Bessières, Jean-Baptiste, duc d'Istrie, 1769-1813:
Bessières, Jean-Baptiste, duc d'Istrie, 1769-1813, Buste, face - 1
Source: Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10207527g.r=duc+d%27Istrie.langFR
 N. C. V. Oudinot de Reggio, Général de Division, Né à Bar-le-Duc en 1792, Représentant du Peuple : [estampe] - 1
  • de 1810 à 1813 en Espagne, sous les ordres des généraux Dorsenne et Casarelly (Caffarelly?). 
Mon ancêtre a peut-être participé avec le Général Dorsenne au siège d'Astorga, tentative réussie de la prise de la ville d'Astorga par les Français du 21 mars au 22 avril 1810 lors de la guerre d'indépendance espagnole.
  • 1813 en Saxe et Silésie sous les ordres de S.M. l'empereur Napoléon,
  • 1814 dans l'Intérieur sous les ordres de S.M. l'empereur Napoléon.
Bref, des déplacements intenses!
Pierre a dû voir et vivre beaucoup de choses. Cela demandera des recherches de ma part, pour trouver les guerres auxquelles il a participé.
D'avance, je sens que ce sera passionnant et enrichissant pour ma culture historique.

Le bas de la page détaillant les services et les campagnes se finit comme suit:
Source: LEONORE

"Certifié véritable par nous membres composant le conseil d'administration 
dudit Régiment. Le présent état des services de Mr. Mutelot Lieutenant,
Fait à Sandillon Près Orléans le 24 mai 1814
signé Maillart Capitaine, Gallois Capitaine, Conus Sergent, 
et Cousseau chef de Bataillon, le Chevalier Gatté Colonel.
Vu par nous Sous Inspecteur aux Revues ayant eu l'Inspection
de ce régiment: à Paris le 19 septembre 1814. Signé Liégeand

Pour copie conforme à l'original
qui nous a été représenté pour
être annexé au procès-verbal d'Individualiré
Le sous Insp. aux revues..."



Duplicata, certificat de la Légion d'Honneur , Source: LEONORE

Que de trouvailles sur cet ancêtre!

Je n'ai pas encore trouvé la date exacte de décès de Pierre.
Je profite alors de cet article pour en savoir un peu plus, étant curieux de l'âge de son décès.

Je sais simplement qu'il est décédé entre 1838 (année de décès de sa femme, Marie Anne DEROBE) et 1854 (année de décès de sa fille Pauline Antoinette), et qu'il n'est pas décédé à Rigny-la-Salle. A-t-il déménagé après le décès de sa femme...?

Grâce au site de dépouillement "Meuse Archives", j'ai pu découvrir que Pierre Mutelot était décédé à Sorcy Saint Martin dans la Meuse, non loin de Rigny la Salle, et où résidait son fils Charles Hyppolite.
Archives départementales de la Meuse - Cote 2 E 507 (13)  page 206
"L’an mil huit cent quarante cinq, le six mars, à
quatre heures du soir. Devant nous Jean Baptiste Hyppolite
Merclier, Maire et Officier de l’état civil de la commune de
Sorcy, arrondissement de Commercy, département de la Meuse, sont
comparus les sieurs Charles Hyppolite Mutelot âgé de trente neuf ans,
charron, domicilié à Sorcy, fils au décédé, et Dominique Protais
Gervais, propriétaire, domicilié à Sorcy, non parent, âgé de soixante
sept ans ; lesquels nous ont déclaré que cejourd’hui, à une heure après
midi, le sieur Pierre Mutelot, âgé de soixante huit ans, chevalier
de la Légion d’Honneur, né à Rigny-la-Salle (Meuse), domicilié
à Sorcy, fils de défunte Anne Mutelot, décédée audit Rigny,
veuf de défunte Marie Anne Dérobe, décédée audit Rigny,
est décédé en cette commune.
Sur cette déclaration, nous susqualifié nous sommes
transporté au lieu indiqué, où nous avons vu et reconnu le cadavre
du prénommé Pierre Mutelot, et nous étant ensuite rendu en la
Maison commune, nous avons écrit sur le champ le présent
acte sur les deux registres à ce destinés, en présence des deux témoins
et déclarant qui l’ont signé avec nous après lecture et collation."

Malgré toutes ses pérégrinations militaires, Pierre est tout de même décédée à l'âge de 68 ans. En effet, je ne pense pas qu'il soit revenu de ces différents voyages sans blessures, ni traumatismes...

Conclusion:
La rédaction de cet article, comme d'habitude, m'a permis de découvrir et d'approfondir la connaissance de mes ancêtres mais aussi l'Histoire en général.

Merci d'avance pour votre lecture