samedi 20 avril 2013

R comme Recteur d'école et alphabétisation au XVIIème siècle #challengeAZ

Lors de son décès le 7 mai 1750 à Juvigny en Perthois (Meuse), Claude Parisot est alors mentionné comme recteur d'école.



Cela m'a laissé songeur. Cela laissait supposé qu'il était instruit pour enseigner ou tenir une école?

Lors du mariage de sa fille, Magdeleine avec Nicolas Gaillet, mes ancêtres, en 1737 à Juvigny, Claude Parisot est déjà maître d'école. Il s'agit alors vraiment d'une profession et pas d'une seconde activité...
  

Mais déjà en 1720, lors de la naissance de son fils, Claude, il est fait état de son statut de maître d'école.



Ce qui me surprend dans tous ces actes, c'est que si Claude Parisot était instruit, pourquoi ne signe-t-il pas? Je n'ai pu trouvé aucune signature de sa part dans les différents actes trouvés sur sa famille?
 
Mais non...je parle trop vite! en examinant l'acte de mariage de plus près, regardez cette belle paraphe!
 
D'ailleurs, pour information, le registre des mariages se lit à l'envers...?! j'ai dû commencer par la fin pour trouver mon acte...le curé n'est-il pas un peu "tordu" :-)

J'ai trouvé cette mention jusqu'en 1720 et plus rien antérieurement.
En 1700, je trouve alors un Jean Picard comme maître d'école.

Dans le village, le recteur était souvent a priori choisi par les habitants qui traitaient avec lui de ses émoluments. 
 
J'en conclus donc que mon ancêtre Claude Parisot a dû être choisi recteur d'école entre 1710 (âge de ses 20 ans) et 1720 (première trace de sa profession).

Petit historique sur l'éducation pendant l'Ancien Régime

Source:  http://www.le-temps-des-instituteurs.fr/hist-ancien-regime.html
Vers la fin du XVIIe siècle, la majorité des écoles de garçons étaient tenues par les vicaires ou par les curés. 
Au début du XVIIIe siècle, la diminution progressive du nombre des ecclésiastiques, obligeait les paroissiens et les curés à recourir à des clercs ou maîtres laïques. Ils étaient nommés par la Communauté d’habitants (assemblée à l’issue des offices religieux) et étaient liés par un contrat civil indiquant la durée d’engagement et la période scolaire. 
Certaines localités possédaient des écoles fondées par des particuliers. Un seigneur bienfaisant, un riche bourgeois, une dévote aisée, affectaient par testament une somme d’argent à leur établissement, et souvent des biens légués soit à la communauté ou à l’église étaient destinés à perpétuer cette institution utile. 
Il se pouvait aussi qu’on se passait d’instruction quand l’instituteur coûtait trop cher et que le curé ne pouvait exercer en plus de ses fonctions cultuelles celles non moins absorbantes de maître d’école.
En résume, pourvu qu’il fût de bonnes mœurs, qu’il sût lire, écrire et compter passablement, le premier venu pouvait, à défaut d’un autre gagne-pain, obtenir l’autorisation de tenir les petites écoles.
Les maîtres étaient peu instruits et leur discipline était dure et parfois brutale. Avant d'enseigner, ils avaient souvent exercé d'autres professions : "notaire, charron, sacristain, boucher, laboureur, sergent civil, parfois anciens soldats du roi. 


Je profite de cet article pour mentionner cette étude de l'Académie de Toulouse, semble-t-il :


Source: http://pedagogie.ac-toulouse.fr/histgeo/monog/albi/ecole/anregec2.htm

 

Mesurer l'analphabétisme: des difficultés de méthode

Au XVIIIe siècle, le nombre des écoles et des élèves est mal connu, et la fréquentation scolaire est irrégulière. Il faut donc aller chercher ailleurs qu'à l'école les moyens de mesurer la capacité à lire et à écrire.
La lecture ne laisse guère de traces dans les archives. 
L'ampleur de la diffusion des brochures populaires (la Bibliothèque Bleue) aux XVIIe et XVIIIe siècles, montre que beaucoup savaient lire, mais on ne peut se fonder sur le nombre de publications pour mesurer le nombre de lecteurs.
Pour élaborer des statistiques fiables, reste la capacité à écrire qui, elle, laisse des traces : tous les mariés doivent signer l'acte sur le registre paroissial. Seuls les célibataires, mais ils sont peu nombreux, échappent à cette obligation. Si l'échantillon de population concernée semble suffisant, peut-on dire qu'une signature implique la maîtrise de l'écriture ? Rien ne le garantit et les historiens sont partagés sur l'utilisation de ce critère qui reste cependant le seul moyen dont on dispose pour fournir une approximation de notre moderne "taux d'alphabétisation". Signalons en outre qu'on peut fort bien ne pas savoir écrire tout en sachant fort bien lire.
Cette méthode ne fournit donc qu'une approximation quantitative de l'analphabétisme, mais elle permet des comparaisons fructueuses :
  • dans le temps
  • dans l'espace (ville /campagne ; régions)
  • dans la société.

L'enquête MAGGIOLO  
En 1877, Louis MAGGIOLO, recteur en retraite de l'Académie de Nancy, lance auprès des instituteurs de France une vaste enquête consistant à relever la proportion des époux ayant signé leur acte de mariage entre 1686-1690, 1786-1790, 1816-1820 et 1872-1876 (voir cartes).
Les résultats sont imparfaits : des départements sans réponse (une douzaine), des communes absentes (la moitié environ, très souvent les villes) dans les départements ayant répondu. Il n'empêche que les recherches ultérieures ont confirmé les résultats obtenus lors de l'ambitieuse entreprise de Louis MAGGIOLO .
 


  • contraste entre la France du Nord où l'on signe beaucoup et la France du Sud où l'on signe peu ;
  • permanence de ce contraste présent à la fin du XVIIIe siècle comme cent ans auparavant ;
  • opposition régulière et marquée entre les taux masculins et féminins : les hommes signent toujours plus que les femmes;
  • incontestables progrès de l'alphabétisation en un siècle.
Une analyse plus fine montre que la partie Nord est relativement homogène alors que la sous-alphabétisation du Sud connaît des exceptions, comme la Charente-Maritime, les Pyrénées-Atlantiques ou, plus nettement encore, les Hautes-Alpes. 

Comment les expliquer ? Une géographie mystérieuse 
 
Pourquoi la moitié Nord-Est de la France est-elle incontestablement plus alphabétisée que la moitié Sud-Ouest ?
Cette question, fondamentale pour bien comprendre le rôle de l'école sous l'Ancien Régime, reste largement sans réponse claire de la part des historiens.
  • Les facteurs culturels, et notamment religieux, ne peuvent guère être invoqués : le Midi a connu une plus forte diffusion du protestantisme que le Nord. Or les protestants attachés à la lecture de la Bible sont favorables au développement de l'école. On devrait donc constater de meilleures performances dans le Midi.
  • A ces dates (XVIIe et XVIIIe siècles), l'écart de développement économique entre le Nord et le Sud de la France est trop faible pour entrer en ligne de compte. De même l'explication par l'existence de structures sociales différentes ne tient pas.
  • Au Sud de la ligne Saint-Malo / Annecy, la langue parlée n'est pas le français mais l'occitan ou le breton. Cette différence linguistique est-elle la clé de la coupure Nord-Sud pour l'alphabétisation ? Peut-être, mais l'on objecte, fort valablement, que l'enseignement des petites écoles se fait beaucoup en latin.
  • La situation des femmes sous alphabétisées est moins surprenante. Leur place dans la société d'Ancien Régime les met en position d'infériorité pour l'acquisition du savoir comme pour le reste.
Ainsi, comme le souligne Bernard GROSPERRIN , "le mystêre demeure donc entier".
Le progrès
A la fin de l'Ancien Régime, un peu plus d'un tiers des Français signent leur acte de mariage contre seulement un cinquième un siècle plus tôt.
L'essor du nombre de signatures entre la fin du XVIIe et celle du XVIIIe siècle est très marqué, particulièrement dans la partie méridionale du pays, qui tend à rattraper son retard sans pourtant le combler.
Même si les progrès n'ont été ni continus ni généralisés (des régressions existent localement), l'amélioration est de taille et correspond une meilleure situation économique globale qui permet aux communautés, y compris les plus humbles, d'entretenir un régent avec plus de facilités.
Le Tarn a peu progressé en un siècle, et son taux d'alphabétisation reste parmi les plus bas de France. Les efforts du XIXe siècle sont donc essentiels pour l'alphabétisation du département.
Compléments à l'enquête MAGGIOLO
Les niveaux d'alphabétisation par catégorie sociale n'étaient pas pris en compte par l'enquête de Louis MAGGIOLO. De nombreuses études locales ont complété cette absence, ainsi que celle des taux urbains, mal relevés par les instituteurs de 1877.

Cette étude conforte mes observations que j'avais déjà eu avec d'autres bloggeurs, à savoir que mes ancêtres lorrains du XVIIIème siècle savaient déjà signés, alors que mes ancêtres berrichons ne le savaient toujours pas au XIXème siècle.

Autre document trouvé ce matin en faisant mes recherches et qui être très intéressant:

J'espère que cet article vous aura intéressé.

Tout commentaire est bon à lire :-) Merci de m'indiquer vos noms ainsi que vous comptes twitter, facebook et blogs associés. have a good comment!

4 commentaires:

  1. Merci Benoit, c'est très intéressant. J'ai remarqué aussi parmi mes ancêtres une grande disparité, mais pas forcément régionale, même à l'intérieur d'une famille, voire d'une fratrie, où certains signent et d'autres ne le savent pas. J'espère avoir un jour le temps de chercher pourquoi ! A bientôt.

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  2. Maître d'école à 20 ans ! Je note bien que les berrichons ne signent toujours pas au XIXème siècle (je crois que cela se vérifie globalement chez moi).

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  3. sur le commentaire: le Midi a connu une plus forte diffusion du protestantisme que le Nord.
    J'aurais voulu savoir si les études n'étaient pas biaisées par le fait que on se base sur les registres paroissiaux (catholiques) pour estimer le taux d'alphabétisation. Il me semble donc qu'on mesure surtout le taux d'alphabétisation des catholiques. A-t-on des registres protestants? Merci de vos avis. Diane

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  4. J'ai fait la même supposition… mais ce n'est pas une preuve!

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